jeudi 30 novembre 2017

Derrière le divan-1 Le difficile chemin vers soi.






 
 
 
 
 
 
J’ai laissé les mots se reposer
Je les ai tellement épuisés par mes plaintes, 
je les ai torturés et  j’ai tiré sans cesse sur le fil bleu de l’encre. 
L’écriture est comme l’eau d’un puits dans le désert : 
il se remplit à l’orage et se vide à la sécheresse, l’écriture aussi. 
Je la laisse se reprendre, se ressourcer et je l’attends, paisible et sereine.
Si j’ai laissé l’écriture en jachère, c’est aussi que je suis très occupée à essayer d’entretenir les quelques rares liens 
dans ma vie quotidienne, chose oh combien difficile pour moi, abandonnée et abandonnique ! 
Un lien c'est prendre le risque de l’abandon et je quitte avant d’être quittée, amis, amies, amants, amours.
J’évite trop de douleurs, du moins je l’imagine.
Avec l’aide de “quelqu’un” comme on dit pudiquement, 
j’apprends à me réparer, à réparer les liens abîmés, 
à leur faire des épissures ( réparation des cordages) et je maintiens à bout de cœur, ceux que je n’ai pas encore brisés.
Le “divan” de ce quelqu’un me convient : j’ai enfin un lieu, une heure, un temps, juste pour moi. 
Le fait d’être dos à l’analyste me permet de tout dire,
ou presque, bientôt, demain, un jour, mais je le dirai, 
et je larguerai les amarres trop lourdes qui retiennent 
mon rafiot.
Je ne peux plus parler ici comme il y a longtemps. 
Je suis désormais sur un voilier avec quelques coéquipiers. 
Ils sont reliés au bateau par une “ligne de vie” et si ils tombent à la mer, je peux les repêcher, les ramener sur le pont,
et les chérir. 
Ils peuvent faire de même avec moi.
Ils ne peuvent être trop nombreux, cela m’épuise et je garde 
mes forces pour apprendre le difficile chemin de la relation, 
celle vivante et chaude avec celles et ceux, proches 
dont je peux sentir l’odeur et tenir la main. 
Bien sûr il y a sur le réseau des personnes avec lesquelles j’aurais aimé tisser ces liens-là. 
Comment aurais-je fait, alors que maintenir une simple amitié était pour moi impossible ?
L’être humain assis derrière moi, me laisse lancer 
mes mots au ciel, il dit peu, il est cette écoute qui 
m’a manquée, 
bienveillante et tranquille, oasis au milieu de mes ténèbres.
Je ne plaide pas pour une thérapie en particulier : 
le fait est que je ne m’en sors pas seule et il s’est trouvé là. 
Et depuis, je dors...enfin je dors !
Portez-vous bien, prenez soin de vous et croyez bien 
que aussi longtemps que possible je garderai le contact léger avec celles et ceux d’entre vous que j’ai côtoyés au plus près, parfois bord à bord au milieu de nos tempêtes communes, 
ou de nos désarrois soudains. 


Texte Mona MacDee
Photo libre de droit Pixabay