dimanche 3 décembre 2017

Derrière le Divan -4-





Rien ne change, je ne change pas, bien sûr.
J’ai naïvement pensé qu’allant en analyse, j’allais miraculeusement cesser de souffrir, cesser de ressentir le manque et le vide, devenir soudain autre au lever du lit, souriante, insouciante et tant de poids abandonnés derrière moi.

Ce matin, aux aurores, je suis sortie dans le froid glacé et bruineux de ce Dimanche en quête de cet indispensable café trop matinal, au milieu de gens qui m’ignorent.

Là, tout à coup, j’ai pris conscience que la béance originelle jamais ne se fermera, jamais ne se remplira ; 
que le vide du sentiment d’abandon demeurera ; 
que des colères enfantines s’effilocheront sous mon regard devenu compatissant, tant envers "eux ", qu’envers moi-même ; 
que des crises de panique, à l’idée qu’un amour s’éloigne et me quitte, reviendront me harceler ; 
que je serai jusqu’à ma mort en demande d’être aimée, reconnue et existante mais qu’au fil de l’analyse, de ton écoute attentive, des mots que tu pointes dans mon discours défait, j’apprendrai.

J’apprendrai comme une écolière apprend l’alphabet à ne plus laisser l’enfante blessée s’exprimer au travers de la femme mûre que je suis ;
j’apprendrai à juguler l’émotion jaillissante, les battements effrénés de mon cœur et les mots violents ; 
j’apprendrai à constater les faits et l’agitation qu’ils produisent en moi et à réagir en l’adulte qui est moi.

J’apprendrai à faire confiance à nouveau, à me blottir au creux de bras aimants et aussi à m’éloigner pour lui laisser de la place sans me sentir amputée.

J’apprendrai, jour après jour, que l’éloignement n’enlève rien à l’amour et qu’il y a des êtres capables de respecter la parole donnée. 
C’est cela que je fais ici, allongée sur le divan, devant la fenêtre où s’agitent les feuilles des arbres, avec toi, père-mère, analyste.
Rien ne me semble parfois plus futile et vain, en apparence,  que ces 50 minutes , à l’heure de la faim, du froid et de la pauvreté, mais je ne suis pas certaine de survivre sans ces minutes où je me défais de tout ce qui ne m’appartient plus.



Texte et Photographie: Mona MacDee