Certaines personnes se battent dans les tourmentes de la dépression, du mal-être psychologique, physique et psychosomatique : enfance dans des familles dysfonctionnelles, traumatismes émotionnels, manque d’estime de soi, besoin exacerbé de reconnaissance, divorces en série, pertes de trop proches, etc.
Elles se taisent souvent, parlent peu de leurs vies, de leurs souffrances pourtant visibles et audibles pour qui éprouve un minimum d’empathie à l’écoute de leurs vécus.
Elles préfèrent ne jamais aborder, ni de près ni de loin, leurs fêlures et nous disent : « ils, elles n’en ont pas, ils, elles sont fort-e-s, peuvent tout régler seul-e-s et n’ont besoin de personne. »
« Pardon » ou « j’ai besoin de… » ne fait pas partie de leur vocabulaire, de leur langage.
Lorsque je leur propose d’aller « parler à quelqu’un », leur réaction est souvent proche de la violence verbale. Il faut alors garder la tête froide, et entendre par-delà leur souffrance ainsi exprimée, c’est tout ce que je peux faire. En refusant de l’aide, elles se pensent fortes et estiment que : « Tous les médecins sont des imbéciles et tous les psys sont de grands malades, ça ne sert à rien. » Le dialogue alors semble clos.
À quoi donc, selon mon expérience bien sûr, sert un psy ? ( de quelque école qu’il soit).
Ils ne servent effectivement à rien, si nous n’avons pas fait ce premier pas : reconnaître qu’à la roulette de la vie, rien ne va plus !
C’est effrayant de regarder à l’intérieur de soi et de voir enfin qu’on ne s’en sort pas tout seul ; effrayante la découverte d’une vérité tenue longtemps bien à l’écart : « pourquoi ma vie que je pensais si idéale, si bien structurée, s’écroule-t-elle comme un château de cartes ?
Pourquoi toutes ces douleurs que j’avais si bien enfermées en haut d’un donjon muré, me tombent-elles dessus sans crier gare et ce, quelque soit mon âge ? »
« Tout ce qui ne s’exprime pas, s’imprime ». ( Jacques Salomé ?)
Dès que le premier pas est fait ( mais parfois impossible à certains), le travail commence : envers soi d’abord et des pensées perturbantes affluent : « que se passe-t-il en moi, je n’y comprends rien, je ne me reconnais plus, je me sens épuisé-e, je ne peux pas continuer comme ça, etc ».
Le deuxième pas, c’est de dépasser la peur du jugement d’autrui, si notre démarche vient à être connue. Contrairement aux apparences, c’est encore un sujet relativement tabou.
Le troisième pas est : « où et comment vais-je aller chercher de l’aide ? ».
C’est souvent un parcours du combattant pour qui veut s’en sortir sans médicaments ( qui peuvent néanmoins parfois être nécessaires un temps donné).
Il y a tant de voies différentes : psychothérapie cognitive et comportementale , psychologie systémique, analyse transactionnelle, EFT, EMDR, et autres et la plus longue, connue mais demeurée mystérieuse, psychanalyse.
Il faut pouvoir accepter qu’on ne trouvera pas immédiatement la personne avec laquelle on se sentira en confiance, et les premières séances permettront de dénicher quelle thérapie pourra convenir.
Après, après c’est un chemin plus ou moins long, car même dans une thérapie dite brève, il faut accepter de jouer le jeu qui ne s’arrête pas quand on a franchi la porte dans le sens de la sortie !
Il va falloir accepter de se regarder dans un miroir pas toujours très complaisant, sinon les résultats seront très longs à venir.
Un « psy » ne sert pas à nous guérir : toutes ces douleurs que nous avons vécues ne guérissent pas dans le sens général donné au mot guérison.
Au fil des mots que nous accepterons enfin de confier à cet autre assis en face de nous, à qui nous pouvons tout dire, même si cela nous paraît être notre plus sombre part, un peu de légèreté s’installera en nous, parfois. À un moment, nous nous apercevrons que nous agissons autrement dans certaines circonstances.
Beaucoup de personnes répugnent à payer pour une visite chez un psy, mais tout métier demande rémunération !
Il est payé pour ça et c’est là l’important : la différence des ami-e-s à qui nous faisons des confidences : « il-elle est payé-e pour ça ! », pour écouter, entendre, garder nos secrets les plus inavouables, comme autant de trésors, et que nous laissons derrière nous sans ressentir de gêne.
Nous pouvons nous montrer là, tels que nous sommes : remplis de chagrins, de souffrances, avides de nous montrer altruistes, défigurés par la haine, la jalousie, dans ces moments où nous tuerions presque ceux et celles qui pourtant sont morts déjà, parce que nous n’en pouvons plus de leurs abandons, et de tout ce que nous n’avons jamais pu leur dire, ni que nous les haïssions, ni que nous les aimions… les deux parfois
Les thérapeutes sont le réceptacle de tout cela. Devant eux nous ouvrons la boite de Pandore et les démons de l’enfer se déchaînent, là dans le silence du cabinet, en face à face ou sur le divan. Des larmes s’y déversent mais il y a aussi tant d’éclats de rire devant ce qui nous paraissait si monstrueux, qui se dégonfle comme un ballon de baudruche et se transforme en blague de potache.
Un jour arrive, où nous nous sentons capables de continuer sans eux, mais parfois 20 ans plus tard, nous avons à nouveau des choses à dire. Ce n’est pas grave, nous sommes des humains.
Ils-elles ont servi à « ça » mes psys : à me connaître mieux, à me rendre à ma banalité en même temps qu’à ma singularité qui fait de moi un être unique et ce n’est pas fini.
Parfois, à des périodes plus sensibles, j’ai frapper à leur porte pour en repartir rassurée et plus légère.
Photo et texte : Mona MacDee
