Juste au début du Covid, je participai à un atelier d'écriture au Musée de la Fonderie à Molenbeek.
Pour ce texte -ci, nous avions chacun.e une consigne différente, une contrainte de temps aussi. La mienne fut la suivante :
"Les derniers déchets ramassés, elle rentra chez elle"
L’Afrique, le Burkina, Bobo-Dioulasso, elle y était partie pour deux ou trois semaines et cela faisait un an qu’elle y vivait.
D’abord, elle avait accompagné son amie. Celle-ci avait crée une association qui parrainait et scolarisait une soixantaine d’enfants, issus des milieux les plus défavorisés qui dominaient dans la région.
Là-bas elle avait rencontré ses filleul.e.s, une fillette de 8 ans à l’époque, Safi et un garçonnet de 6 ans environ, Farid.
Ils étaient timorés, presque honteux aurait-on dit, que l'on vienne ici constater leur misère mais, d’un autre côté, leurs yeux brillaient : grâce aux dons, bientôt ils iraient à l’école, bientôt il y aurait les ardoises et les craies, les crayons et les cahiers !
Ah l’école, dont ils attendaient tous et toutes des jours meilleurs : l’un voulait déjà être docteur, l’autre avocate, l’autre encore infirmière.
Sous la chaleur tropicale, à la fin de l’année, il y avait eu la distribution des prix où elle était présente, et c’était un bonheur de les voir tous et toutes arriver dans leur unique et si beau vêtement des fêtes et du Dimanche. À la fin de la cérémonie, ils avaient déposé leurs livres dans les mains des parents, si fiers puis s’étaient dirigés vers le tailleur, Adama, qui allait prendre leurs mensurations pour les nouveaux uniformes de la rentrée.
Elle avait ri, elle aussi, en entendant leurs gazouillis, et en les voyant se trémousser sous le mètre ruban qui entourait un moment leur taille.
Le temps avait passé sans qu’elle s’en rende compte. Elle s'était attachée à ce
"Pays des Hommes Intègres" comme on appelle le Burkina Faso.
Elle avait beaucoup traîné ici et là, ne sachant vraiment que faire, ni comment se rendre utile : il y avait tellement à faire !
Son amie était rentrée en Belgique, et elle, tombée amoureuse de ce pays, était demeurée.
Elle avait constaté que le village était jonché de débris, et que peu de choses avaient été faites auprès des écoles pour parler du futur, de comment, ils voyaient ce lieu dans un an ou dix ans.
L'écologie n'était pas une préoccupation première : quand on n’a pas de quoi manger tous les jours, comment pourrait-on se préoccuper de l’état de son lieu de vie ?
Elle s’était dit qu’elle pouvait essayer, expliquer, en parler au directeur de l’école, un homme ouvert et intelligent.
Il l’avait invitée à parler aux élèves et elle avait présenté son projet comme un jeu. Elle leur avait expliqué aussi, ainsi qu’aux parents, que des mesures bien simples, pouvaient leur éviter, un peu, les crises de malaria, où des enfants brûlants de fièvr continuaient cependant d'aider aux soins du ménage, ou pour les garçons, dà seconder les pères dans les champs de maïs ou dans les minuscules boutiques de tôle ondulée surchauffée.
Elle avait donc proposé à la classe des 10-12 ans, de partir pour une tournée de ramassage des déchets dans le quartier, et tous, toutes, s’étaient enthousiasmé-e-s : échapper quelques heures aux travaux de la maison, échapper à la chicote qui tombait quelquefois sur leur dos!
Le Dimanche, elle avait donc emmené sa petite troupe d’environ 15 enfants, garçons et filles réunis, munis de seaux et de sacs, ramasser au long des routes de sable rouge, bordées de petits baobabs et d’arbres aux troncs épais, les papiers, plastiques, et tous les objets usés et hétéroclites qui gisaient çà et là.
Les villageois médusés les avaient regardés faire et s’étaient demandé quelle mouche les piquait.
Elle avait puisé sur ses réserves, pour leur acheter des bouteilles d’eau de source, de cette eau pure et limpide, qu’ils ne buvaient jamais, devant se contenter des eaux du puits.
Ils s’étaient tous et toutes rendu-e-s à quelques centaines de mètres de là, où s’entassaient déjà des ordures, y avaient vidés leurs seaux : au moins, elles n’étaient plus dans leurs rues.
Des femmes maigres, qui conduisaient des carrioles tirées par des ânes faméliques, venaient les charger et les transportaient hors du village pour les brûler. Elles étaient leur courageuse voirie !
Lorsqu'ils eurent fini, les enfants s’étaient assis autour d’elle, et avaient dégusté les oranges juteuses qu’elle avait apportées avec elle.
Ils jacassaient en riant, si heureux de cette étrange et si belle journée, fiers du travail qu’ils avaient accompli sous le regard des vieux assis sous l’arbre à palabres.
Elle les avait embrassés chacun et chacune à leur tour, les avait regardés s’égailler dans toutes les directions sur le sable brûlant de la fin d’après-midi, puis elle avait jeté un coup d’œil autour d’elle, s’était baissée pour rassembler quelques pelures qui trainaient, puis, heureuse, le dernier déchet ramassé, elle était rentrée chez elle.
En souvenir du Burkina 2012.
Photos et texte: Mona MacDee
"Les derniers déchets ramassés, elle rentra chez elle"
L’Afrique, le Burkina, Bobo-Dioulasso, elle y était partie pour deux ou trois semaines et cela faisait un an qu’elle y vivait.
D’abord, elle avait accompagné son amie. Celle-ci avait crée une association qui parrainait et scolarisait une soixantaine d’enfants, issus des milieux les plus défavorisés qui dominaient dans la région.
Là-bas elle avait rencontré ses filleul.e.s, une fillette de 8 ans à l’époque, Safi et un garçonnet de 6 ans environ, Farid.
Ils étaient timorés, presque honteux aurait-on dit, que l'on vienne ici constater leur misère mais, d’un autre côté, leurs yeux brillaient : grâce aux dons, bientôt ils iraient à l’école, bientôt il y aurait les ardoises et les craies, les crayons et les cahiers !
Ah l’école, dont ils attendaient tous et toutes des jours meilleurs : l’un voulait déjà être docteur, l’autre avocate, l’autre encore infirmière.
Sous la chaleur tropicale, à la fin de l’année, il y avait eu la distribution des prix où elle était présente, et c’était un bonheur de les voir tous et toutes arriver dans leur unique et si beau vêtement des fêtes et du Dimanche. À la fin de la cérémonie, ils avaient déposé leurs livres dans les mains des parents, si fiers puis s’étaient dirigés vers le tailleur, Adama, qui allait prendre leurs mensurations pour les nouveaux uniformes de la rentrée.
Elle avait ri, elle aussi, en entendant leurs gazouillis, et en les voyant se trémousser sous le mètre ruban qui entourait un moment leur taille.
Le temps avait passé sans qu’elle s’en rende compte. Elle s'était attachée à ce
"Pays des Hommes Intègres" comme on appelle le Burkina Faso.
Elle avait beaucoup traîné ici et là, ne sachant vraiment que faire, ni comment se rendre utile : il y avait tellement à faire !
Son amie était rentrée en Belgique, et elle, tombée amoureuse de ce pays, était demeurée.
Elle avait constaté que le village était jonché de débris, et que peu de choses avaient été faites auprès des écoles pour parler du futur, de comment, ils voyaient ce lieu dans un an ou dix ans.
L'écologie n'était pas une préoccupation première : quand on n’a pas de quoi manger tous les jours, comment pourrait-on se préoccuper de l’état de son lieu de vie ?
Elle s’était dit qu’elle pouvait essayer, expliquer, en parler au directeur de l’école, un homme ouvert et intelligent.
Il l’avait invitée à parler aux élèves et elle avait présenté son projet comme un jeu. Elle leur avait expliqué aussi, ainsi qu’aux parents, que des mesures bien simples, pouvaient leur éviter, un peu, les crises de malaria, où des enfants brûlants de fièvr continuaient cependant d'aider aux soins du ménage, ou pour les garçons, dà seconder les pères dans les champs de maïs ou dans les minuscules boutiques de tôle ondulée surchauffée.
Elle avait donc proposé à la classe des 10-12 ans, de partir pour une tournée de ramassage des déchets dans le quartier, et tous, toutes, s’étaient enthousiasmé-e-s : échapper quelques heures aux travaux de la maison, échapper à la chicote qui tombait quelquefois sur leur dos!
Le Dimanche, elle avait donc emmené sa petite troupe d’environ 15 enfants, garçons et filles réunis, munis de seaux et de sacs, ramasser au long des routes de sable rouge, bordées de petits baobabs et d’arbres aux troncs épais, les papiers, plastiques, et tous les objets usés et hétéroclites qui gisaient çà et là.
Les villageois médusés les avaient regardés faire et s’étaient demandé quelle mouche les piquait.
Elle avait puisé sur ses réserves, pour leur acheter des bouteilles d’eau de source, de cette eau pure et limpide, qu’ils ne buvaient jamais, devant se contenter des eaux du puits.
Ils s’étaient tous et toutes rendu-e-s à quelques centaines de mètres de là, où s’entassaient déjà des ordures, y avaient vidés leurs seaux : au moins, elles n’étaient plus dans leurs rues.
Des femmes maigres, qui conduisaient des carrioles tirées par des ânes faméliques, venaient les charger et les transportaient hors du village pour les brûler. Elles étaient leur courageuse voirie !
Lorsqu'ils eurent fini, les enfants s’étaient assis autour d’elle, et avaient dégusté les oranges juteuses qu’elle avait apportées avec elle.
Ils jacassaient en riant, si heureux de cette étrange et si belle journée, fiers du travail qu’ils avaient accompli sous le regard des vieux assis sous l’arbre à palabres.Elle les avait embrassés chacun et chacune à leur tour, les avait regardés s’égailler dans toutes les directions sur le sable brûlant de la fin d’après-midi, puis elle avait jeté un coup d’œil autour d’elle, s’était baissée pour rassembler quelques pelures qui trainaient, puis, heureuse, le dernier déchet ramassé, elle était rentrée chez elle.
En souvenir du Burkina 2012.
Photos et texte: Mona MacDee



