lundi 25 novembre 2019

LES VIEUX ENFANTS


« …Nous ne sommes tous que de vieux enfants,
qui vont se coucher en rechignant… » ( Alice au Pays des Merveilles. Lewis Carroll.)




Que sommes-nous d’autre que de vieux enfants, jetés dans les tourments de la vie qui n’a de sens que celui qu’on lui donne, parce que la vérité toute nue est trop dure, trop indécente et, que pour l’affronter, nous faisons tout le temps semblant.
Comme les enfants que nous sommes restés, nous faisons 
« comme si », ou « on disait que… ».
Nous cherchons à coup d’addictions diverses, de thérapies, de médicaments, à remplir ce grand vide existentiel que rien, rien ne viendra jamais combler.
Expulsés de la matrice, chassés du paradis, où nous étions en douce et chaude apesanteur, notre vie n’est plus que cette longue quête enfantine pour la retrouver.
Nous demeurons ces enfants vieux et vieilles, avides de bras tendres, de caresses, de baisers, avides de cesser de nous colleter tous les jours avec les mille obligations du quotidien.
Entre un verre d’alcool ou une petite pilule bleue, entre une séance de larmes chez le psy et une histoire d’amour qui finit tôt ou tard, entre une journée courageuse où le ciel se montre clément et une nuit où les démons de l’enfer se sont déchaînés, nous résistons aux tempêtes, chênes abattus ou roseaux penchés sur nos marécages, espérant qu’un miracle nous fasse échapper à ce parfois trop dur séjour.
Lorsque tellement pleins de ce grand vide, nous voudrions demander à être un peu câlinés, comme des enfants perdus, nous n’osons pas, car nous sommes des adultes n’est-ce-pas !
Pourtant notre cœur n’a pas grandi, il attend toujours un peu d’amour en plus.

« Prends moi dans tes bras, dis-moi que ça va aller, que tu me garderas toujours serrée contre ton cœur, que tu essuieras mes larmes et partageras mes rires et mes émerveillements,  que tu me tiendras si fort, que la mort nous laissera un peu de répit. »
C’est le rêve éveillé de cet éternel enfant en nous, celui qui a peur du noir, étonné de constater la déliquescence des chairs, la perte de la vivacité d’esprit, qui a beau savoir mais ne comprend quand même pas, et cette pathétique impression de jeunesse intérieure, l’étonnement journalier devant le miroir qui nous renvoie l’image de quelqu’un que nous ne reconnaissons plus.

Il ne nous reste que la quête, encore et toujours la seule qui vaille, celle de l’amour, peu importe la forme qu’il revêt, et pour ne pas sombrer, nous continuerons à faire semblant que nous sommes des adultes responsables, mais ta main dans la mienne, au fond de nous, nous saurons que nous ne sommes que de vieux enfants. 



texte et photographie: Mona MacDee


vendredi 8 novembre 2019

Chronique d'une résistance passive-1- Libre! -2017

En 2017. depuis mon pas, mon temps s'est ralenti mais au fond, vit toujours cette femme libre, et pleine de gratitude.





Tôt ce matin, j’ai quitté mon domicile en y oubliant mon portable, et presque aussitôt une sensation de manque m’a envahie. 
J’étais à deux doigts de rebrousser chemin, comme si j’attendais des nouvelles de la plus haute importance dont des vies dépendaient.
Loin d’être passéiste, j’ai au contraire, très vite adhéré aux nouvelles technologies.
Tout est allé à peu près bien jusqu’à l’invention du téléphone portable, à sa miniaturisation puis à sa connectabilité. 
Les réseaux de départ, retrouvaient des amis perdus de vue et rassemblaient.
Aujourd’hui, les algorithmes séparent en donnant l’illusion de rassembler.
Nous nous retrouvons entre personnes ayant à peu près les mêmes valeurs, et du coup, nous ne nous frottons plus aux opinions différentes des nôtres. 
Pourtant la richesse est dans le multiple, dans la mixité sous toutes ses formes.
En quelques années nous sommes devenus tellement impatients, que nous ne supportons plus la moindre attente, et nous sommes devenus des adultes demeurés enfants-rois : tout, tout de suite !

Les enfants ont déserté nos rues sous prétexte de sécurité, mais le monde n’est pas peuplé que de « Dutroux », ni de terroristes : les États se chargent de nous le faire croire.
Il leur est plus facile de nous tenir en laisse comme des chiens trop serviles, lorsque nous restons enfermés chez nous, apeurés, avec pour seules fenêtres, la lumière bleue des écrans.
Il m’arrive alors d’entrer en résistance passive, et je coupe la connexion, au moins de temps en temps pour éviter l’indigestion suite à un excès d’informations ( qu’en plus il me faut vérifier !) et pour échapper à un sentiment d’indignité lorsque je vois ce que d’autres font, et que je ne fais pas ; lorsque je vois des sourires constants sur des visages épanouis que nulle angoisse ne semble balafrer, et lorsque je vois rassemblés, heureux et joyeux, des amies et amis qui semblent avoir toujours connu un bonheur sans nuage. 
Nous en devenons presque envieux, détournés de nous-même et oublieux de l’essentiel. 

Reprendre possession de mon temps et de mon espace; écrire dans un cahier ; fermer l’ordinateur un jour par semaine, et aussi prévenir les miens, que ce même jour, je ne serai pas joignable, d’aucune manière.
Il fut un temps pas si lointain, où, quelque fût l’évènement ou le malheur qui nous frappaient, nous ne pouvions répondre dans l’urgence, mais aujourd’hui l’urgence c’est n’importe quoi, et c’est devenu presque un devoir que d’être disponible à toute heure du jour et de la nuit.

Alors s’arrêter, oser entendre le silence de l’appartement surtout quand on vit seule-e, sans même le ronronnement du disque dur, sans la lumière du portable qui annonce une notification dont au fond, je n’ai rien à faire, sans la consultation frénétique des multiples « j’aime » à nos commentaires plus ou moins intelligents.
Juste s’arrêter, écouter : la chaudière qui se remet en route, la voiture qui passe dans la rue, le voisin qui éternue, le chien qui aboie, le sang qui pulse dans mes oreilles, et cette sourde angoisse qui s’installe par la crainte du silence dont j’ai si peur qu’il ne devienne mon lot à jamais.

Pourtant c’est en son sein que je me retrouve, que j’apprends la patience, et que j’apprivoise la solitude qui, un jour, sera ma seule compagne.  





Photo et texte MonaMacDee