Il était une fois, perché sur une colline d’Écosse, un très ancien château dont certains murs menaçaient de s’écrouler.
Tout y était demeuré immuable.
Il était entouré constamment de brumes opalescentes et le soleil n’y pénétrait plus depuis longtemps.
Un soldat très âgé y montait la garde.
Il était la dernière sentinelle.
Sa mémoire était devenue si chancelante, qu’il avait du mal à se rappeler la raison de sa présence en ces lieux.
Quelquefois l’ordre ultime qu’il avait reçu, parvenait à sa mémoire défaillante : «personne, personne n’avait le droit de pénétrer dans l’enceinte du château».
Il fallait bien se rendre à l’évidence : plus aucun visiteur n’était venu depuis bien longtemps !
Le pont levis était vermoulu, et il aurait fallu être fou pour essayer de franchir les douves nauséabondes qui entouraient le sombre édifice.
La vie du vieillard touchait à sa fin et cela avait perdu pour lui tout intérêt.
Pourtant, il n’était pas tout à fait seul : là-haut, dans une des tours, le très, très vieux roi de ce petit pays, se mourait.
Qui donc allait désormais veiller sur lui ?
La rumeur se répandit dans les bourgs comme une traînée de poudre : qui allait régner sur le pays à la mort du vieux roi ?
Des foules se pressèrent sur les places des villages environnants pour en discuter : "que va-t-on faire, qui va veiller sur le roi, qu’allons-nous devenir sans souverain ?"
Il se produisit alors une chose extraordinaire : un parchemin se matérialisa sur l’arbre central de chaque place.
On put y lire ces mots :
« Les temps sont venus.
Notre sentinelle s’est éteinte après de très nombreuses années d'un service loyal ; un nouveau garde va être choisi parmi vous mais il devra faire preuve des qualités les plus subtiles.
Point ne lui sera demandé d’être vaillant guerrier, non plus d’être très instruit, mais d’une vertu il devra être paré : la sincérité.
Consultez-vous, préparez-vous et présentez-vous à la porte du château dans 7 jours ».
Les discussions reprirent bon train sur les places. Dans les jours qui suivirent, commencèrent de longues palabres pour choisir, parmi les hommes du village, celui qui allait pouvoir se présenter paré de la vertu souhaitée.
Chacun bien évidemment était persuadé qu’il était le seul capable de représenter honorablement ses pairs, que lui seul possédait cette vertu, mais encore quantité d’autres qu’on ne lui avait pas demandées et ignorées, semblait-il jusque là, par ses voisins !
Chacun se pensait le meilleur et c’est sans crainte qu’ils se préparèrent pour la grande épreuve.
Les hommes devinrent comme fous et se lancèrent dans mille extravagances :
certains, qui avaient voyagé dans des contrées lointaines, et s’étaient baignés dans le Gange en Inde, prirent forces ablutions consacrées, 7 bains par jour, suivis d’incantations bizarres et s’habillèrent plus bizarrement encore, quand ils ne se promenaient pas nus, couverts de cendres comme les Saddhus !
D’autres se firent oindre d’huiles orientales parfumées, raser le crâne, et d’autres brûlèrent tant de bâtonnets d’encens qu’une brume odorante flottait sur le village !
Les chevaliers fourbirent leurs armes et rendirent à leurs épées un éclat qu’elles avaient perdu.
Ils pensaient fermement que leurs actes de bravoure les désignaient plus particulièrement pour remporter la victoire et leur vaudraient la faveur du vieux roi.
Chacun à part soi pensa : «Je suis prêt».
Les sept jours passèrent. L'impatience était à son comble.
Tous se mirent en route, suivis par une foule agitée et arrivèrent très vite aux portes du château.
Le pont levis demeurait immobile et la herse restait obstinément baissée.
Comment aurait-il pu en être autrement puisque la sentinelle n’était plus !
Que se passait-il donc ? Que fallait faire ?
De guerre lasse, un soldat en armure qui portait une croix en bannière, s’avança en bombant le torse.
Un silence de plomb se fit dans la foule.
"J’ai combattu vaillamment dit-il d’une voix forte, j’ai suivi le chemin de St.Jacques et mon épée a lavé l’honneur de Dieu dans le sang de l’ennemi.
Je suis sincère et purifié par mes actes."
L’assemblée retenait son souffle ; les regards étaient fixés sur l’entrée du château.
Un corbeau noir surgit du néant dans un grand bruissement d’ailes et fonça sur lui.
Il l’attaqua et réduisit sa bannière en charpie.
Le soldat s’enfuit en hurlant de terreur, et perdit dans sa course son épée et son honneur !
Quelques spectateurs, ébranlés par l’événement, fuyaient les lieux tout courage évanouit.
Un autre homme s’avança : c’était un moine vêtu d’une bure brune de toile grossière, de sandales de cuir et on pouvait encore remarquer sur son corps, les traces des mortifications qu’il s’était infligées. Sans doute portait-il à même la peau de sa cuisse, un silice. (objet de mortification et de pénitence)
Il parla avec componction : «J’ai prié tant et tant que ma bouche est desséchée ; j’ai parcouru de multiples chemins pour louer Dieu et la corde de mes sandales en est usée ; je peux affirmer que ma sincérité ne peut être mise en doute : je suis sans tâche et très pieux».
Le silence se fit sidéral.
Surgi comme par enchantement, un lion féroce, d’un bond formidable, franchit le fossé et mit en fuite le moine pénitent.
Beaucoup d’hommes, pris de superstitieuse terreur, détalèrent sans demander leur reste.
Pourtant, quelque vaillant ou quelque téméraire tentait malgré tout d’affronter l’inconnu.
Celui qui se disait philosophe, fort de sa culture et convaincu de sa supériorité, enfin s’avança et s’écria d’une voix puissante : « Moi, j’ai parcouru le monde, moi, j’ai prié, moi, j’ai jeûné et j’ai appris les philosophies orientales et lointaines ; moi, j’ai lu tous les livres de la terre et peu de choses ici-bas me sont inconnues.
Moi seul ici peux prétendre à la sincérité, dit-il gonflé d’orgueil».
L’assistance était muette. Elle attendait, sens en alerte.
Le corbeau et le lion se tenaient immobiles telles les chimères de pierre des cathédrales.
De la tour Est du château jaillit alors un éclair aveuglant.
Il frappa le philosophe et le transforma en un petit amas de poussière noire et fumante que le vent s’empressa de disperser en sifflant.
Aussitôt la foule s’égailla, bien décidée à ne plus revenir en ce lieu maudit.
Pourtant, un peu en retrait, une timide jeune fille patientait. Elle avait les yeux bleus et l'abondante chevelure acajou de ces contrées de vent, d’eau, de pierres et de silence et bien plus de courage que n'importe lequel des guerriers de ces clans.
Elle observait les choses étranges qui se produisaient non loin d'elle.
Elle hésita un moment, puis d’un pas décidé elle avança vers les douves, redoutant qu'on la lapide sans attendre.
Tout y était demeuré immuable.
Il était entouré constamment de brumes opalescentes et le soleil n’y pénétrait plus depuis longtemps.
Un soldat très âgé y montait la garde.
Il était la dernière sentinelle.
Sa mémoire était devenue si chancelante, qu’il avait du mal à se rappeler la raison de sa présence en ces lieux.
Quelquefois l’ordre ultime qu’il avait reçu, parvenait à sa mémoire défaillante : «personne, personne n’avait le droit de pénétrer dans l’enceinte du château».
Il fallait bien se rendre à l’évidence : plus aucun visiteur n’était venu depuis bien longtemps !
Le pont levis était vermoulu, et il aurait fallu être fou pour essayer de franchir les douves nauséabondes qui entouraient le sombre édifice.
La vie du vieillard touchait à sa fin et cela avait perdu pour lui tout intérêt.
Pourtant, il n’était pas tout à fait seul : là-haut, dans une des tours, le très, très vieux roi de ce petit pays, se mourait.
Qui donc allait désormais veiller sur lui ?
La rumeur se répandit dans les bourgs comme une traînée de poudre : qui allait régner sur le pays à la mort du vieux roi ?
Des foules se pressèrent sur les places des villages environnants pour en discuter : "que va-t-on faire, qui va veiller sur le roi, qu’allons-nous devenir sans souverain ?"
Il se produisit alors une chose extraordinaire : un parchemin se matérialisa sur l’arbre central de chaque place.
On put y lire ces mots :
« Les temps sont venus.
Notre sentinelle s’est éteinte après de très nombreuses années d'un service loyal ; un nouveau garde va être choisi parmi vous mais il devra faire preuve des qualités les plus subtiles.
Point ne lui sera demandé d’être vaillant guerrier, non plus d’être très instruit, mais d’une vertu il devra être paré : la sincérité.
Consultez-vous, préparez-vous et présentez-vous à la porte du château dans 7 jours ».
Les discussions reprirent bon train sur les places. Dans les jours qui suivirent, commencèrent de longues palabres pour choisir, parmi les hommes du village, celui qui allait pouvoir se présenter paré de la vertu souhaitée.
Chacun bien évidemment était persuadé qu’il était le seul capable de représenter honorablement ses pairs, que lui seul possédait cette vertu, mais encore quantité d’autres qu’on ne lui avait pas demandées et ignorées, semblait-il jusque là, par ses voisins !
Chacun se pensait le meilleur et c’est sans crainte qu’ils se préparèrent pour la grande épreuve.
Les hommes devinrent comme fous et se lancèrent dans mille extravagances :
certains, qui avaient voyagé dans des contrées lointaines, et s’étaient baignés dans le Gange en Inde, prirent forces ablutions consacrées, 7 bains par jour, suivis d’incantations bizarres et s’habillèrent plus bizarrement encore, quand ils ne se promenaient pas nus, couverts de cendres comme les Saddhus !
D’autres se firent oindre d’huiles orientales parfumées, raser le crâne, et d’autres brûlèrent tant de bâtonnets d’encens qu’une brume odorante flottait sur le village !
Les chevaliers fourbirent leurs armes et rendirent à leurs épées un éclat qu’elles avaient perdu.
Ils pensaient fermement que leurs actes de bravoure les désignaient plus particulièrement pour remporter la victoire et leur vaudraient la faveur du vieux roi.
Chacun à part soi pensa : «Je suis prêt».
Les sept jours passèrent. L'impatience était à son comble.
Tous se mirent en route, suivis par une foule agitée et arrivèrent très vite aux portes du château.
Le pont levis demeurait immobile et la herse restait obstinément baissée.
Comment aurait-il pu en être autrement puisque la sentinelle n’était plus !
Que se passait-il donc ? Que fallait faire ?
De guerre lasse, un soldat en armure qui portait une croix en bannière, s’avança en bombant le torse.
Un silence de plomb se fit dans la foule.
"J’ai combattu vaillamment dit-il d’une voix forte, j’ai suivi le chemin de St.Jacques et mon épée a lavé l’honneur de Dieu dans le sang de l’ennemi.
Je suis sincère et purifié par mes actes."
L’assemblée retenait son souffle ; les regards étaient fixés sur l’entrée du château.
Un corbeau noir surgit du néant dans un grand bruissement d’ailes et fonça sur lui.
Il l’attaqua et réduisit sa bannière en charpie.
Le soldat s’enfuit en hurlant de terreur, et perdit dans sa course son épée et son honneur !
Quelques spectateurs, ébranlés par l’événement, fuyaient les lieux tout courage évanouit.
Un autre homme s’avança : c’était un moine vêtu d’une bure brune de toile grossière, de sandales de cuir et on pouvait encore remarquer sur son corps, les traces des mortifications qu’il s’était infligées. Sans doute portait-il à même la peau de sa cuisse, un silice. (objet de mortification et de pénitence)
Il parla avec componction : «J’ai prié tant et tant que ma bouche est desséchée ; j’ai parcouru de multiples chemins pour louer Dieu et la corde de mes sandales en est usée ; je peux affirmer que ma sincérité ne peut être mise en doute : je suis sans tâche et très pieux».
Le silence se fit sidéral.
Surgi comme par enchantement, un lion féroce, d’un bond formidable, franchit le fossé et mit en fuite le moine pénitent.
Beaucoup d’hommes, pris de superstitieuse terreur, détalèrent sans demander leur reste.
Pourtant, quelque vaillant ou quelque téméraire tentait malgré tout d’affronter l’inconnu.
Celui qui se disait philosophe, fort de sa culture et convaincu de sa supériorité, enfin s’avança et s’écria d’une voix puissante : « Moi, j’ai parcouru le monde, moi, j’ai prié, moi, j’ai jeûné et j’ai appris les philosophies orientales et lointaines ; moi, j’ai lu tous les livres de la terre et peu de choses ici-bas me sont inconnues.
Moi seul ici peux prétendre à la sincérité, dit-il gonflé d’orgueil».
L’assistance était muette. Elle attendait, sens en alerte.
Le corbeau et le lion se tenaient immobiles telles les chimères de pierre des cathédrales.
De la tour Est du château jaillit alors un éclair aveuglant.
Il frappa le philosophe et le transforma en un petit amas de poussière noire et fumante que le vent s’empressa de disperser en sifflant.
Aussitôt la foule s’égailla, bien décidée à ne plus revenir en ce lieu maudit.
Pourtant, un peu en retrait, une timide jeune fille patientait. Elle avait les yeux bleus et l'abondante chevelure acajou de ces contrées de vent, d’eau, de pierres et de silence et bien plus de courage que n'importe lequel des guerriers de ces clans.
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| Image personnelle par I.A |
Elle hésita un moment, puis d’un pas décidé elle avança vers les douves, redoutant qu'on la lapide sans attendre.
En ces temps, il n'était pas admis qu'une femme ose se penser le droit de parler comme les hommes.
D’une voix mal assurée, elle parla enfin : « Je m'appelle Deella Dee, mon père, le forgeron, qui avait souhaité un fils m'a rompue au maniement des armes. Du courage j'en ai à revendre. Dis-moi, vieux roi, que veux-tu que j'accomplisse ?
D’une voix mal assurée, elle parla enfin : « Je m'appelle Deella Dee, mon père, le forgeron, qui avait souhaité un fils m'a rompue au maniement des armes. Du courage j'en ai à revendre. Dis-moi, vieux roi, que veux-tu que j'accomplisse ?
Ferais-tu confiance à une femme ?
J’ignore si je suis sincère ou pure et vaillante.
Je n’ai pas bataillé et la prière n’est pas trop mon fort ; je n’ai pas étudié les livres, ni voyagé plus loin que mon village, mais j’ai essayé de faire de mon mieux là où je me trouvais.
Peux-tu au moins me dire…»
S'attendant au pire, elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase, et les rares courageux qui étaient encore présents étaient pleins de colère devant son audace.
Un murmure de rage enflait sur la place.
Le corbeau ouvrit grandes ses ailes et vola vers elle.
De son bec il lui tendit un parchemin soigneusement enroulé et marqué du sceau royal.
Le lion d’un bond prodigieux vint se placer auprès de la jeune fille comme pour la protéger.
Deella, sous le regard haineux de la foule curieuse, déroula le précieux document et lut à haute voix :
«Tu as passé la première épreuve vaillamment.
Sur le chemin que tu vas suivre, tu rencontreras les quatre éléments : La terre, l'eau, l'air et le feu.
Les ténèbres chercheront à t'anéantir.
Il te faudra ou les vaincre ou te les attacher : ils seront alors tes alliés les plus sûrs.
Il te faut aussi l’épée la plus fine et l’armure la plus légère.
Notre vieux roi se meurt. Tu n’as pas beaucoup de temps. Prépare-toi».
Rien de plus ne lui fut expliqué.
La jeune femme bouche bée, n’y comprenait rien, hésitait : c'était bien à elle que s'adressait ce parchemin ? Pressée par le temps, elle se hâta de retourner au village et se rendit immédiatement à la forge de son père.
Il avait tout vu, tout entendu, et fut d'abord très en colère que sa fille eut pu ainsi outrepasser sa condition de femme, mais il adorait sa fille, connaissait son courage devant l'adversité et confiant, commença à lui fabriquer une épée et une armure de l’acier le plus solide et le plus fin.
Il était homme d’intuition et se doutait que quelque chose de merveilleux se préparait.
Heureux de participer à cette extraordinaire quête, il se surpassa.
L’armure était si fine, si solide et si légère que Deella n’en ressentait pas le poids.
Quant à l’épée, seul le roi Arthur, en Cornouailles, en avait eue plus belle : Excalibur!
Ainsi harnachée, munies des conseils et la tendresse de son père dans le cœur, elle prit la route pour essayer de résoudre les énigmes du parchemin. Celui-ci disait une chose bien simple : " Lorsque tu auras marché un jour et une nuit, reviens au château." Elle éclata de rire ! C'était donc cela cette tâche insurmontable ?
Elle connaissait par cœur le chemin du château, mais lorsqu'elle eut tranquillement marché un jour et une nuit et qu’elle dirigea son regard vers celui-ci, tout avait disparu !
Devant et derrière elle, s’étendaient à présent des forêts denses de sapins sombres aux branches qui frôlaient le sol et où aucun sentier n'était visible.
Tout lui serait dissimulé, disait encore le message, et les éléments seraient hostiles.
En cheminant vers la forêt, Deella se demandait comment cela serait possible car elle imaginait mal, dans son calme pays, des «éléments hostiles»!
La nuit tombait déjà lorsqu’elle atteignit les bords de la rivière profonde qu’elle devait traverser pour revenir au château situé quelque part au-delà, derrière cette immense et inquiétante forêt.
Franchir la rivière serait un jeu d’enfant.
Elle connaissait si bien cet endroit où elle pêchait par beau temps avec son père !
Chaque pierre du gué lui était familière et la pleine lune l’éclairait.
Cependant, elle se cacha derrière un amas de sombres nuages au moment ou Deella arrivait au milieu de la rivière.
Elle ne distinguait plus rien, ni derrière, ni devant elle.
Elle se sentait aveugle.
Il n'y avait plus aucun repère.
Elle entendait bien le doux murmure des flots, mais n’osait plus faire un pas : la rivière était profonde par endroit !
Tout à coup, une voix s’éleva dans la nuit et l’exhorta : «Voyons, avance ! Tes pieds connaissent les pierres mieux encore que tes yeux. N’aies donc pas peur»!
Une autre voix, ricanante et mielleuse s’opposa aussitôt : «Arrête! Tu vas te noyer !
L’eau est froide, glacée. Retourne donc d’où tu viens malheureuse»!
Mais le tracé du gué était gravé dans la mémoire de Deella et son épée lui permettait de sonder l’eau autour d'elle.
Confiante, elle avança sans crainte, et la lune, contente du bon tour qu’elle lui avait joué, reparut entre les nuées pour lui faciliter la fin de la traversée.
La première voix lui souffla à nouveau : «Tu as passé l’épreuve de l’eau : à partir de ce jour cet élément te sera attaché à jamais».
À ces mots son armure se nimba d’un halo léger.
Comme précédée d’un essaim de lucioles, elle illumina la nuit.
La jeune fille était épuisée par ces sortilèges.
Elle s’étendit sur l'herbe à l’orée des bois, dans une clairière abritée, mangea quelques baies qu'elle avait cueillies et s’endormit d’un sommeil sans rêves.
Lorsqu'elle se réveilla, le soleil du crépuscule rougeoyait en descendant derrière les grands arbres ! Elle avait dormi tout un jour et les ténèbres l'enveloppaient.
La forêt qui s’étendait devant elle semblait menaçante, mais elle ne pouvait imaginer que cette bonne terre qui l'avait vue naître, puisse lui réserver la moindre épreuve.
Elle marcha vaillamment toute la nuit à travers les bois, et les ronces denses pleines de griffes acérées.
L’aube commençait à poindre mais aucun sortilège ne l’avait menacée.
Elle se fit un lit de feuillage, et s’endormit presque aussitôt, bercée par le faible hululement d’une chouette lointaine.
Brusquement elle sentit le sol se dérober sous elle.
Elle tombait, tombait dans un puits profond.
La panique l’envahissait au fur et à mesure que sa descente s’accélérait.
Il faisait très chaud tout à coup : «Allait-elle se retrouver en enfer»?
Sa chute s’arrêta brusquement.
Cul par dessus tête, elle gisait à présent sur un lit de plumes où se trouvait allongée la plus fabuleuse des créatures.
Longue et mince comme une liane, couleur de lune, la créature lui fit signe d'approcher.
Deella contempla un instant, bouche bée, ce visage lumineux, dont le regard brûlait d’un feu étrange.
«Gentille Damoiselle, je ne te réserve pas une bien terrible épreuve.
Je suis le Centre, celle qui engendre toute vie.
Tu es l’élue et je peux faire de toi, la plus riche, la plus belle et la plus heureuse des femmes. Tous les hommes, qu'ils soient rois ou mendiants, seront à tes pieds.
Pour cela, je dois me préparer et commencer un sortilège, mais, à aucun moment, tu ne pourras me regarder l’exécuter».
D’abord totalement subjuguée, Deella se détourna, méfiante cependant.
En elle, une petite voix intérieure lui chuchotait de résister à l’envoûtement. Que lui importait d'avoir les hommes à ses pieds !
Une chaleur encore plus intense que dans le puits envahit la pièce.
Cela semblait provenir de la créature qui marmonnait derrière elle.
De toute la force de son être, elle appela à la rescousse son amie l’eau. «Oh, ma sœur l’Eau, aide-moi. Donne-moi la force de réagir. Cette chaleur me paralyse. Aide-moi, je t’en supplie».
J’ignore si je suis sincère ou pure et vaillante.
Je n’ai pas bataillé et la prière n’est pas trop mon fort ; je n’ai pas étudié les livres, ni voyagé plus loin que mon village, mais j’ai essayé de faire de mon mieux là où je me trouvais.
Peux-tu au moins me dire…»
S'attendant au pire, elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase, et les rares courageux qui étaient encore présents étaient pleins de colère devant son audace.
Un murmure de rage enflait sur la place.
Le corbeau ouvrit grandes ses ailes et vola vers elle.
De son bec il lui tendit un parchemin soigneusement enroulé et marqué du sceau royal.
Le lion d’un bond prodigieux vint se placer auprès de la jeune fille comme pour la protéger.
Deella, sous le regard haineux de la foule curieuse, déroula le précieux document et lut à haute voix :
«Tu as passé la première épreuve vaillamment.
Sur le chemin que tu vas suivre, tu rencontreras les quatre éléments : La terre, l'eau, l'air et le feu.
Les ténèbres chercheront à t'anéantir.
Il te faudra ou les vaincre ou te les attacher : ils seront alors tes alliés les plus sûrs.
Il te faut aussi l’épée la plus fine et l’armure la plus légère.
Notre vieux roi se meurt. Tu n’as pas beaucoup de temps. Prépare-toi».
Rien de plus ne lui fut expliqué.
La jeune femme bouche bée, n’y comprenait rien, hésitait : c'était bien à elle que s'adressait ce parchemin ? Pressée par le temps, elle se hâta de retourner au village et se rendit immédiatement à la forge de son père.
Il avait tout vu, tout entendu, et fut d'abord très en colère que sa fille eut pu ainsi outrepasser sa condition de femme, mais il adorait sa fille, connaissait son courage devant l'adversité et confiant, commença à lui fabriquer une épée et une armure de l’acier le plus solide et le plus fin.
Il était homme d’intuition et se doutait que quelque chose de merveilleux se préparait.
Heureux de participer à cette extraordinaire quête, il se surpassa.
L’armure était si fine, si solide et si légère que Deella n’en ressentait pas le poids.
Quant à l’épée, seul le roi Arthur, en Cornouailles, en avait eue plus belle : Excalibur!
Ainsi harnachée, munies des conseils et la tendresse de son père dans le cœur, elle prit la route pour essayer de résoudre les énigmes du parchemin. Celui-ci disait une chose bien simple : " Lorsque tu auras marché un jour et une nuit, reviens au château." Elle éclata de rire ! C'était donc cela cette tâche insurmontable ?
Elle connaissait par cœur le chemin du château, mais lorsqu'elle eut tranquillement marché un jour et une nuit et qu’elle dirigea son regard vers celui-ci, tout avait disparu !
Devant et derrière elle, s’étendaient à présent des forêts denses de sapins sombres aux branches qui frôlaient le sol et où aucun sentier n'était visible.
Tout lui serait dissimulé, disait encore le message, et les éléments seraient hostiles.
En cheminant vers la forêt, Deella se demandait comment cela serait possible car elle imaginait mal, dans son calme pays, des «éléments hostiles»!
La nuit tombait déjà lorsqu’elle atteignit les bords de la rivière profonde qu’elle devait traverser pour revenir au château situé quelque part au-delà, derrière cette immense et inquiétante forêt.
Franchir la rivière serait un jeu d’enfant.
Elle connaissait si bien cet endroit où elle pêchait par beau temps avec son père !
Chaque pierre du gué lui était familière et la pleine lune l’éclairait.
Cependant, elle se cacha derrière un amas de sombres nuages au moment ou Deella arrivait au milieu de la rivière.
Elle ne distinguait plus rien, ni derrière, ni devant elle.
Elle se sentait aveugle.
Il n'y avait plus aucun repère.
Elle entendait bien le doux murmure des flots, mais n’osait plus faire un pas : la rivière était profonde par endroit !
Tout à coup, une voix s’éleva dans la nuit et l’exhorta : «Voyons, avance ! Tes pieds connaissent les pierres mieux encore que tes yeux. N’aies donc pas peur»!
Une autre voix, ricanante et mielleuse s’opposa aussitôt : «Arrête! Tu vas te noyer !
L’eau est froide, glacée. Retourne donc d’où tu viens malheureuse»!
Mais le tracé du gué était gravé dans la mémoire de Deella et son épée lui permettait de sonder l’eau autour d'elle.
Confiante, elle avança sans crainte, et la lune, contente du bon tour qu’elle lui avait joué, reparut entre les nuées pour lui faciliter la fin de la traversée.
À ces mots son armure se nimba d’un halo léger.
Comme précédée d’un essaim de lucioles, elle illumina la nuit.
La jeune fille était épuisée par ces sortilèges.
Elle s’étendit sur l'herbe à l’orée des bois, dans une clairière abritée, mangea quelques baies qu'elle avait cueillies et s’endormit d’un sommeil sans rêves.
Lorsqu'elle se réveilla, le soleil du crépuscule rougeoyait en descendant derrière les grands arbres ! Elle avait dormi tout un jour et les ténèbres l'enveloppaient.
La forêt qui s’étendait devant elle semblait menaçante, mais elle ne pouvait imaginer que cette bonne terre qui l'avait vue naître, puisse lui réserver la moindre épreuve.
Elle marcha vaillamment toute la nuit à travers les bois, et les ronces denses pleines de griffes acérées.
L’aube commençait à poindre mais aucun sortilège ne l’avait menacée.
Elle se fit un lit de feuillage, et s’endormit presque aussitôt, bercée par le faible hululement d’une chouette lointaine.
Brusquement elle sentit le sol se dérober sous elle.
Elle tombait, tombait dans un puits profond.
La panique l’envahissait au fur et à mesure que sa descente s’accélérait.
Il faisait très chaud tout à coup : «Allait-elle se retrouver en enfer»?
Sa chute s’arrêta brusquement.
Cul par dessus tête, elle gisait à présent sur un lit de plumes où se trouvait allongée la plus fabuleuse des créatures.
Longue et mince comme une liane, couleur de lune, la créature lui fit signe d'approcher.
Deella contempla un instant, bouche bée, ce visage lumineux, dont le regard brûlait d’un feu étrange.
«Gentille Damoiselle, je ne te réserve pas une bien terrible épreuve.
Je suis le Centre, celle qui engendre toute vie.
Tu es l’élue et je peux faire de toi, la plus riche, la plus belle et la plus heureuse des femmes. Tous les hommes, qu'ils soient rois ou mendiants, seront à tes pieds.
Pour cela, je dois me préparer et commencer un sortilège, mais, à aucun moment, tu ne pourras me regarder l’exécuter».
D’abord totalement subjuguée, Deella se détourna, méfiante cependant.
En elle, une petite voix intérieure lui chuchotait de résister à l’envoûtement. Que lui importait d'avoir les hommes à ses pieds !
Une chaleur encore plus intense que dans le puits envahit la pièce.
Cela semblait provenir de la créature qui marmonnait derrière elle.
De toute la force de son être, elle appela à la rescousse son amie l’eau. «Oh, ma sœur l’Eau, aide-moi. Donne-moi la force de réagir. Cette chaleur me paralyse. Aide-moi, je t’en supplie».
Deella se retourna : le spectacle était terrifiant et elle ne put s’empêcher de mettre un moment la main sur ses yeux devant l'insupportable : le visage de la belle s’était mué en tête de Gorgone sur le corps d’un monstre infernal qui lui disait : «humaine, voilà ta fin»!
L’eau le força à ramper loin de la jeune fille.
Celle-ci tira l’épée du fourreau, et sans hésitation, trancha la tête de l'hydre, vite et fort.
Tout à coup il n’y eut plus rien, rien que le silence.
Plus trace de Gorgone, ni de monstre rampant.
L’Eau silencieusement se retirait, s’éloignait et rejoignit tranquillement son lit.
Une lueur diffuse se répandit alors dans la pièce, et une voix nouvelle parla : «Tu as triomphé de la deuxième épreuve et résisté à la soif du pouvoir que donne la beauté sublime. C’est moi qui suis la Terre-Mère, et je n’ai pas besoin de sortilèges. Du soleil, de la lune, de l’eau, de la terre, toutes choses sont issues. Va et que la Lumière t’accompagne».
Deella avait à présent deux alliées de taille : L’Eau et la Terre.
Renvoyée à la surface, elle se sentait pleine de force et de sérénité. Que pouvait-il lui arriver de pire ?
Dans la nuit, son armure scintillait de plus belle.
La soirée était douce et embaumait le parfum suave de fleurs magnifiques apparues par miracle dans la si triste forêt.
Un tapis moelleux de mousse lui fit une couche confortable et c’est confiante qu’elle s’y abandonna après les émotions de la journée.
L’Eau, là-bas veillait, et la berça de son doux clapotement contre les berges, tandis que la Terre la borda et réchauffa son corps malmené.
La lune se fit discrète derrière les nuages.
Les villageois se demandaient : « Cette diablesse écervelée avait-elle survécu à son impudence ?"
Très loin, au château, le vieux roi se mourait et attendait. Il refusait de mourir avant d'avoir un nouveau garde au château.
Le temps pressait vraiment.
Lorsque Deella ouvrit les yeux, le vent se levait.
Il forcit, courba les joncs, écrasa l’herbe avec rudesse et fit ployer les grands arbres.
Une tornade approchait tournoyante et envoyait haut dans le ciel tout ce qu’elle rencontrait sur sa route.
Nul abri où se terrer.
La jeune femme inspira profondément et prit fermement appui dans le sol, y planta son épée et s’y agrippa de toutes ses forces priant la Terre de l’aider.
Les racines d’un arbre proche enlacèrent la pointe de l’épée plantée et s’accrochèrent fortement à ses chevilles.
La tornade s’enroula, rageuse, autour d'elle et pensa l’emporter, mais en vain.
Vaincue par cette force tranquille, elle se calma soudain et se fit velours.
Voilà qu’elle avait un nouvel allié : l’Air.
L’Eau rafraîchissante la lava, l’Air emplit ses poumons, le Vent en petites risées tièdes la sécha et la Terre accueillante lui fit un lit de feuillage pour s’y reposer avant de reprendre son voyage.
Elle rêva de gorgones et de dieux vengeurs, de monstres et d’anges, puis vint enfin le sommeil paisible et réparateur.
Le calme régnait dans la forêt.
Au réveil, l'armure de Deella reflétait toutes les nuances du soleil levant. L’astre la parait d'un aspect féerique.
Une nouvelle journée d'épreuves l’attendait.
Le temps passait si vite, que devenait le vieux roi ?
Quelles craintes devait-elle avoir maintenant qu’elle avait des alliés aussi prestigieux ?
Elle ressentit alors la peur angoissante de ne jamais pouvoir atteindre son but, et il restait à vaincre les ténèbres et le feu.
«En serais-je jamais digne ? Qui-suis-je pour espérer vaincre les ténèbres et le feu ? Qui-suis-je pour espérer un jour servir le roi, moi femme»?
Elle tomba à genou et pleura longtemps.
Ses larmes salées pénétrèrent doucement la terre.
Dans un bruissement de feuilles, au travers des rires des cascades, et des murmures de la brise légère, ses alliés lui parlèrent : «Regarde-toi, ne sens-tu pas que tu es dans les ténèbres? Tu les attends au dehors et tu ignores qu’elles sont en toi. En toi est la nuit obscure. Va à présent. Voilà ta dernière épreuve».
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Elle vit alors, du haut des cieux, un oiseau de feu gigantesque et flamboyant fondre sur elle.
Ses ailes flambaient et ses yeux étaient des escarboucles.
Deella se redressa, fière et décidée.
Une émotion inconnue s’emparait de tout son être.
Elle tremblait mais ce n’était plus de peur.
Plus aucune trace en elle d’angoisse ou de ténèbres.
Elle renonçait à se battre et fit alors une chose inimaginable : l’oiseau piquait sur elle en jetant des cris stridents, les ailes collées au corps, et prenait de la vitesse…
La femme accomplie qu'était devenu Deella, jeta au loin son épée, ôta son armure, cheveux flamboyants dans sa simple robe de coton, et bras écartelés, elle fit face au Phénix pour accueillir en elle ce déluge de feu.
Il n’y eut pas de choc quand le gigantesque brasier l’enveloppa. Lorsque le feu volant s’éloigna et disparut au loin, Deella brillait comme mille soleils, pareille à de l’or en fusion.
Tous les éléments, l’Eau, la Terre, l’Air et le Feu s’écrièrent en chœur : «Tu nous as vaincus et apprivoisés et nous te devons allégeance. Tu peux à présent te présenter aux portes du château, le roi t'attend».
Aussi limpide que l’eau, aussi forte que la terre, aussi ardente que le feu, aussi légère que l’air et guidée par sa propre lumière, Deella reprit la route.
LE VIEUX ROI
Le chemin du château fut cette fois incroyablement court, car à peine s’était-elle mise en route que déjà la forêt se faisait moins dense et que des trouées laissaient apercevoir les créneaux.
Arrivée près des douves, Deella s’écria : «Vieux roi, j’ai surmonté les épreuves, soumets-moi à ton jugement ultime.»
Par miracle, la herse se releva, le pont-levis s’abaissa, le lion et le corbeau s’avancèrent et prirent place à ses côtés.
Ainsi accompagnée elle pénétra dans l’enceinte interdite.
Le silence le plus total y régnait.
Les deux animaux s’éloignèrent et l'immense porte du château s'ouvrit dans un léger grincement, sur une salle dans laquelle crépitait un beau feu de bois.
Une douce musique enchantait les lieux.
Elle emprunta un long couloir ténébreux éclairé de bougies aux flammes vacillantes, mais point de roi.
Il y avait de nombreuses portes dans ce couloir.
La première portait un écriteau sur lequel on pouvait lire
« Orgueil».
La porte s’ouvrit sans qu’elle ait à la toucher, car dans ses aventures, Deella avait perdu tout orgueil.
Un peu plus loin, elle aperçut une seconde porte qui portait le mot «Vanité».
Là aussi le passage lui fut laissé.
Elle rencontra successivement les portes : Colère, Haine, Passion, Illusions et toutes les portes livrèrent passage à la femme de lumière.
Sur la septième porte il y avait le mot «Amour».
C’en était trop pour Deella. «Qui, ou qu’avait-elle aimé, et comment»?
Elle se laissa glisser sans force sur le sol devant la porte et se prit la tête entre les mains.
« Oh mon cher roi, que m’importent les honneurs et les récompenses, que m’importe de voir ton visage, je te promets de veiller sur toi et de garder le château aussi longtemps que je vivrai.»
D’abord rien ne se passa puis la porte s’ouvrit sur une grande salle triste où veillaient quelques soldats de pierre recouverts de poussière.
Étaient-ils bien de pierre ou bien un magicien leur avait-il jeté un sort ?
Au fond de la grande salle, une faible lueur éclairait ce qui paraissait être un trône.
Deella s’avança lentement sans perdre de vue la douce lumière.
Enfin elle le vit : sur le trône terni par le temps se tenait un très vieil homme, fatigué, usé par les siècles et les douleurs mais avec encore dans les yeux un éclat vif et pénétrant.
Dans ce fauteuil, l’homme qui la regardait ainsi, était pareil à elle.
Elle ressentait dans ses os l’intense fatigue du vieillard. Il était si léger que même une femme pouvait le porter. Pleine d’amour, elle le prit dans ses bras et le déposa dans une chambre proche où l’attendait un lit d’apparat.
Deella s’assit près de lui pour le veiller, prit la vieille main décharnée entre les siennes.
Elle lui humecta les lèvres d’un peu d’eau, déposa un peu de terre sur ses yeux, lui souffla légèrement sur le front, puis, elle moucha les chandelles et le confia ainsi aux éléments, son origine.
Elle demeura là un moment, attristée et perdue dans ses pensées. Qu'allait-elle faire maintenant ?
Elle regagna la grande salle et y perçut un changement subtil.
Faisait-il soudain moins sombre ?
Elle en fit pas à pas le tour comme la terre autour du soleil, et là, sur un guéridon, arrivée par quelque magie, son épée flamboyait, non plus symbole de bataille, mais de courage et de loyauté. Un écu qu'elle ne connaissait pas y était joint.
Elle prit l’épée dans ses mains, la levant haut vers le ciel et parla : «Vous qui m’avez aidée dans ma quête, ôtez-moi la vie si un jour je m’éloigne de mon chemin.»
Mais les éléments n’en avaient pas fini avec elle.
La voix cristalline du ruisseau lui murmurait de s’asseoir sur le siège souverain.
Elle lui disait que désormais ses hauts faits lui valaient le titre de Dame Deella Dee.
Cela ne se pouvait pensa la jeune fille !
Les voix des éléments insistèrent : "les habitants ont besoin de toi pour guider le village."
Timidement, elle s’approcha du trône, s’y installa et jeta autour d'elle un regard bienveillant.
Un serpent vert aux yeux de jade, descendit le long du dossier du trône et vint se lover sur ses genoux. Les voix reprirent: «Éclaire cette salle, redonne vie au château, fais briller aux alentours ta sagesse et sa renommée.Ta lumière doit être un feu vivant et qui t’approche doit pouvoir en emporter un peu.
La joie et le bonheur doivent enfin revenir. Le temps des portes closes est révolu.
Va et agis».
Dame Deella se leva, pria les éléments ses amis de l’aider et des choses extraordinaires advinrent alors.
Les douves se comblèrent de terre et une herbe luxuriante l’envahit aussitôt.
La herse remonta et le pont-levis s’abaissa pour ne plus jamais se relever.
Des musiciens invisibles jouèrent des musiques divines.
Les gardes reprirent vie et leurs costumes retrouvèrent leur éclat d’antan.
Les grandes portes s’ouvrirent largement et les villageois, en liesse, envahirent les lieux en acclamant leur nouvelle suzeraine ; les jardins s’emplirent des fleurs les plus rares et les plus parfumées ; l’eau pure jaillit des fontaines de pierre depuis trop longtemps taries et la licorne des Sages vint s’y abreuver.
Le vent jouait dans les arbres, et dans le ciel l’oiseau de feu brillait d’un éclat nouveau.
À cet instant précis, le vieux roi, serein, rendit son souffle à l’Univers.
Dame Deella Dee régna en reine sage et avisée de ce beau pays gaélique où les fées et les elfes se racontent encore son histoire.
Texte et photos: Mona MacDee
La femme accomplie qu'était devenu Deella, jeta au loin son épée, ôta son armure, cheveux flamboyants dans sa simple robe de coton, et bras écartelés, elle fit face au Phénix pour accueillir en elle ce déluge de feu.
Il n’y eut pas de choc quand le gigantesque brasier l’enveloppa. Lorsque le feu volant s’éloigna et disparut au loin, Deella brillait comme mille soleils, pareille à de l’or en fusion.
Tous les éléments, l’Eau, la Terre, l’Air et le Feu s’écrièrent en chœur : «Tu nous as vaincus et apprivoisés et nous te devons allégeance. Tu peux à présent te présenter aux portes du château, le roi t'attend».
Aussi limpide que l’eau, aussi forte que la terre, aussi ardente que le feu, aussi légère que l’air et guidée par sa propre lumière, Deella reprit la route.
LE VIEUX ROI
Le chemin du château fut cette fois incroyablement court, car à peine s’était-elle mise en route que déjà la forêt se faisait moins dense et que des trouées laissaient apercevoir les créneaux.
Arrivée près des douves, Deella s’écria : «Vieux roi, j’ai surmonté les épreuves, soumets-moi à ton jugement ultime.»
Par miracle, la herse se releva, le pont-levis s’abaissa, le lion et le corbeau s’avancèrent et prirent place à ses côtés.
Ainsi accompagnée elle pénétra dans l’enceinte interdite.
Le silence le plus total y régnait.
Les deux animaux s’éloignèrent et l'immense porte du château s'ouvrit dans un léger grincement, sur une salle dans laquelle crépitait un beau feu de bois.
Une douce musique enchantait les lieux.
Elle emprunta un long couloir ténébreux éclairé de bougies aux flammes vacillantes, mais point de roi.
Il y avait de nombreuses portes dans ce couloir.
La première portait un écriteau sur lequel on pouvait lire
« Orgueil».
La porte s’ouvrit sans qu’elle ait à la toucher, car dans ses aventures, Deella avait perdu tout orgueil.
Un peu plus loin, elle aperçut une seconde porte qui portait le mot «Vanité».
Là aussi le passage lui fut laissé.
Elle rencontra successivement les portes : Colère, Haine, Passion, Illusions et toutes les portes livrèrent passage à la femme de lumière.
Sur la septième porte il y avait le mot «Amour».
C’en était trop pour Deella. «Qui, ou qu’avait-elle aimé, et comment»?
Elle se laissa glisser sans force sur le sol devant la porte et se prit la tête entre les mains.
« Oh mon cher roi, que m’importent les honneurs et les récompenses, que m’importe de voir ton visage, je te promets de veiller sur toi et de garder le château aussi longtemps que je vivrai.»
D’abord rien ne se passa puis la porte s’ouvrit sur une grande salle triste où veillaient quelques soldats de pierre recouverts de poussière.
Étaient-ils bien de pierre ou bien un magicien leur avait-il jeté un sort ?
Au fond de la grande salle, une faible lueur éclairait ce qui paraissait être un trône.
Deella s’avança lentement sans perdre de vue la douce lumière.
Enfin elle le vit : sur le trône terni par le temps se tenait un très vieil homme, fatigué, usé par les siècles et les douleurs mais avec encore dans les yeux un éclat vif et pénétrant.
Dans ce fauteuil, l’homme qui la regardait ainsi, était pareil à elle.
Elle ressentait dans ses os l’intense fatigue du vieillard. Il était si léger que même une femme pouvait le porter. Pleine d’amour, elle le prit dans ses bras et le déposa dans une chambre proche où l’attendait un lit d’apparat.
Deella s’assit près de lui pour le veiller, prit la vieille main décharnée entre les siennes.
Elle lui humecta les lèvres d’un peu d’eau, déposa un peu de terre sur ses yeux, lui souffla légèrement sur le front, puis, elle moucha les chandelles et le confia ainsi aux éléments, son origine.
Elle demeura là un moment, attristée et perdue dans ses pensées. Qu'allait-elle faire maintenant ?
Elle regagna la grande salle et y perçut un changement subtil.
Faisait-il soudain moins sombre ?
Elle en fit pas à pas le tour comme la terre autour du soleil, et là, sur un guéridon, arrivée par quelque magie, son épée flamboyait, non plus symbole de bataille, mais de courage et de loyauté. Un écu qu'elle ne connaissait pas y était joint.
Elle prit l’épée dans ses mains, la levant haut vers le ciel et parla : «Vous qui m’avez aidée dans ma quête, ôtez-moi la vie si un jour je m’éloigne de mon chemin.»
Mais les éléments n’en avaient pas fini avec elle.
La voix cristalline du ruisseau lui murmurait de s’asseoir sur le siège souverain.
Elle lui disait que désormais ses hauts faits lui valaient le titre de Dame Deella Dee.
Cela ne se pouvait pensa la jeune fille !
Les voix des éléments insistèrent : "les habitants ont besoin de toi pour guider le village."
Timidement, elle s’approcha du trône, s’y installa et jeta autour d'elle un regard bienveillant.
Un serpent vert aux yeux de jade, descendit le long du dossier du trône et vint se lover sur ses genoux. Les voix reprirent: «Éclaire cette salle, redonne vie au château, fais briller aux alentours ta sagesse et sa renommée.Ta lumière doit être un feu vivant et qui t’approche doit pouvoir en emporter un peu.
La joie et le bonheur doivent enfin revenir. Le temps des portes closes est révolu.
Va et agis».
Dame Deella se leva, pria les éléments ses amis de l’aider et des choses extraordinaires advinrent alors.
Les douves se comblèrent de terre et une herbe luxuriante l’envahit aussitôt.
La herse remonta et le pont-levis s’abaissa pour ne plus jamais se relever.
Des musiciens invisibles jouèrent des musiques divines.
Les gardes reprirent vie et leurs costumes retrouvèrent leur éclat d’antan.
Les grandes portes s’ouvrirent largement et les villageois, en liesse, envahirent les lieux en acclamant leur nouvelle suzeraine ; les jardins s’emplirent des fleurs les plus rares et les plus parfumées ; l’eau pure jaillit des fontaines de pierre depuis trop longtemps taries et la licorne des Sages vint s’y abreuver.
Le vent jouait dans les arbres, et dans le ciel l’oiseau de feu brillait d’un éclat nouveau.
À cet instant précis, le vieux roi, serein, rendit son souffle à l’Univers.
Dame Deella Dee régna en reine sage et avisée de ce beau pays gaélique où les fées et les elfes se racontent encore son histoire.
Texte et photos: Mona MacDee
Illustrations libres de droits: Pixabay.
I.A ( CGI) générateur d'image pour le château et Dame Deella Dee et le Phénix.
La licorne est issue d'un vieux manuscrit enluminé.





