" Comment deviner si l'on erre par incapacité d'habiter ou si l'on ne peut demeurer par accoutumance à l'errance ?"( Ed. Le Pommier. 2021.
Nous avons tous des racines, même quand nous pensons ne pas en avoir,
Nous avons tous des racines, même quand nous pensons ne pas en avoir,
même quand nous pensons ne plus en avoir et que, délivrés des attachements, nous avançons libres comme des nomades.
Pourtant les nomades ne sont pas plus libres que nous,
pas plus libres que les dunes qui se déplacent lentement sous les vents du Sud, et qui abandonnent aux vallées et aux plaines des grains par millions, pour se souvenir d’où elles sont nées.
Nous n’aimons pas toujours nos racines,
nous les sectionnons à ras de cœur,
nous les renions quand elles nous semblent trop instables, pourries, et sans intérêt,
mais nous ne pourrions survivre sans elles, comme l’arbre qui s’écroulerait au moindre souffle et mourrait.
Parfois nous les plantons en terre inconnue et nous les arrosons aux chants des lointains, nous imaginant que nous en avons crées de nouvelles, mais les moignons des anciennes subsistent, et d’eux surgissent les nouvelles pousses.
Fortes, elles nous soutiennent, fragiles, elles nous déséquilibrent et frêles édifices, nous penchons alors dangereusement vers l’abîme.
Certains, au lieu de les enfoncer profondément dans la terre, les étalent en surface, s’imaginant en être dépourvus et qu’ainsi rien, jamais, ne les retiendra, ni ne les empêchera de repartir.
Cependant, nomade ou pas, un jour la fatigue d’un voyage sans fin s’installe :
la tente se fixe,
le feu brûle nuit et jour,
et les vieux racontent le temps des grands exodes ;
les grand-mères deviennent transmission,
les enfants savent où les rencontrer,
assises à tisser le fil des mémoires.Texte original et photo: Mona McDee
