Les petits formats sont vendus, enveloppes comprises au prix de 15€ plus timbre pour frais d'envoi
de : pour la Belgique
la France
ailleurs dans le monde :
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Brel eut ces mots : " Ce n'est pas d' aller à Paris qui est difficile, c'est de quitter Bruxelles..."
Bruxelles, ma ville sale et violente, douce et fragile, fissurée, saccagée, fracturée, pleine de cicatrices ; ma ville aux parcs luxuriants et aux petites fontaines dissimulées, ma ville aux trottoirs crasseux où se côtoient les richesses les plus indécentes et les souffrances les plus intolérables. Ma ville lumières trop crues et agressives, ombres froides et nuits mafieuses ; ma ville aux volets clos sur les amants dans la douceur des nuits trop chaudes de l'été, et des fenêtres opaques de saleté d'où s'échappent des pans de rideaux de coton écru, Ikea des humbles. Ma ville, où je suis née, dans ce quartier Nord, près du Théâtre Flamand, en plein centre éventré et toujours en travaux, où la construction de l'immeuble-tour, censé enrichir le quartier, reste encore et toujours dévasté.
Ma ville patrimoine aux immeubles anciens accolés aux baraques décrépies qu'aucun plan ne semble vouloir prendre en compte, et ces pavés anciens, amis des pluies infiltrées que mes pieds haïssent ! Ma ville où je suis enracinée depuis si longtemps et dont j'ai habité tant de quartiers, aussi bancale et fissurée qu'elle, je ne peux me résoudre à la quitter.
Je l'aime au calme de ma rue, je la hais au tapage de ma rue, je l'aime dans le café partagé et je fulmine à son raffut les jours de grande chaleur où tout le monde crie, vocifère, s'énerve et j'implore la pluie de chasser tout ce monde loin de ma vue, loin de mes oreilles.
Je la quitte parfois, pour un peu de paisible campagne, quelques heures, une journée, quand je n'en peux plus de mon impuissance à aider les gueux qui dorment à l'angle des portes, sur les trottoirs, et auxquels plus personne ne prête attention, et j'ai mal, et je ne peux pas grand chose, j'ai envie de fuir ce spectacle journalier et affligeant. Je me repose un peu au vert, un peu, puis le vert devient trop vert, tout taillé et propret qu'il est dans ces communes aux trottoirs passés à la Javel, tout encadré qu'il est de clôtures, de limites, et de limites surtout à ces autres si peu bienvenus là-bas. Interdictions, interdit de passer...
Ma ville pue dans les couloirs pisseux des métros, qu'on nettoie si peu : les pauvres ne méritent pas un sol propre ! Ma ville m'émerveille quand explosent au printemps, les fleurs des cerisiers du Japon de la porte de Hal, l'herbe des squares reverdie après la canicule, quand elle se paye des orages dantesques qui claquent portes et fenêtres et dont j'accueille la pluie drue et violente sur mon balcon de fer forgé citadin.
Pourtant je n'y trouve plus ma place, mais je ne trouve plus de place ailleurs non plus.
Rester, partir ?
J'attends, un signe à l'aube ou au crépuscule, un préavis qui va venir tôt ou tard, et je m'arracherai à elle, ma ville, dans le grand fracas de la dislocation de ma dernière dépendance.
Mona MacDee Texte et photos. Sans I.A