Place aux artistes de l'éphémère et non à la photographie.
Cet article fut écrit en 2015.
Tous les articles du blog avaient été perdus, et celui-ci est le dernier que je remets enfin à jour.
Vous pouvez ouvrir les photographies en cliquant l'une d'elle et elles s'ouvrent dans le bas de la page, l'une après l'autre.
J'y ai inclus quelques photos des lieux pour y accéder, dans ma Belgique - douceur et mon Bruxelles-colère et à d'autres endroits tels que Lisbonne.
Tous les graffiti de cet album ont disparu ou presque depuis.
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Ma belle dormeuse, effacée par les bien-pensants
L'art est partout, même et surtout chez ceux qui remettent chaque jour en question leur rapport à l'autre pour créer de nouvelles formes de communication : chez le cuisinier généreux, l'infirmière attentive, la maîtresse de maison, etc...
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| Désir ... perdu à jamais découvert dans une gare désaffectée | |
Que signifie "graffiti"?
Ce mot vient de l'italien "graffiti" dérivé du latin " graphium" ou du grec "graphein", qui en gros veulent dire: écrire, peindre ou dessiner"!
Quant au "tag", il a plus ou moins le même sens, sauf qu'il est souvent constitué de signes, lettres arrondies ou symboles et dessins, qui deviennent des signes de reconnaissance entre clans, groupes, bandes.
Autre chose est le goût de la destruction, oeuvre tout simplement iconoclaste, qui se reconnaît par le fait qu'il n'y a aucune signature, aucun effort graphique, et leurs traits ne sont que des insultes.
Pourtant, là aussi il y a une signification sociale à découvrir. Je ne pense pas qu'il soit possible d'aimer un graffiti, sans se plonger dans les ambiances qui l'entourent, sans prendre le temps d'admirer ces oeuvres éphémères, souvent très belles, de ces artistes qui acceptent qu'elles soient, pour la plupart, peu ou pas reconnues.
Leur discrétion va jusqu'à peindre dans des endroits tellement secrets, qu'il faut beaucoup de chance et une certaine dose d'inconscience pour y accéder !
Dans les lieux, et sur les murs autorisés ou non, ils-elles reviennent sans relâche y peindre leurs fantasmes, leurs colères, l'expression de leurs désirs et de leurs espoirs.
Dans les lieux, et sur les murs autorisés ou non, ils-elles reviennent sans relâche y peindre leurs fantasmes, leurs colères, l'expression de leurs désirs et de leurs espoirs.
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| SOAZ à Lisbonne |
Mandalas modernes, qu'un geste de dépit inopportun détruit, ou bien, coup de peinture blanche efface tout d'un coup un superbe dessin qui heurte quelques âmes de Tartuffe.
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| Elle dormait sous un pont de chemin de fer.Il fallait le vouloir pour la trouver au milieu des détritus. |
Ces dessins me font penser au Mandala de Kalachakra,
( Roue des incarnations) que les moines boudhistes du Tibet, dessinent dans ses moindres détails au moyen de tubes de sables colorés.
Puis, lors de la cérémonie, le Dalaï Lama, balaye tout ce si patient et si minutieux travail, d'un revers de la main !
https://www.youtube.com/watch?v=10084L3Pqsc ( vidéo de la destruction du Mandala de Kalachakra)
Rien n'est important, tout passe, tout s'efface, et rien de nous ne demeure.
Rien n'est important, tout passe, tout s'efface, et rien de nous ne demeure.
Quelque soit notre rêve d'éternité.
Peut-être que ceux qui abîment les dessins, voudraient avoir du talent,
Colère au milieu de la beauté et en elle, souvent.
J'arpente ces lieux, j'y constate aussi l'abandon d'êtres humains vulnérables, que la société, nous, ne reconnaissons pas.
Un jour que j'étais près des Tours et Taxis, dans la plaine aujourd'hui bâtie, j'ai vu s'avancer 3 "barons", doudoune et air patibulaire. Mon appareil bien en vue, je me suis avancée vers eux et leur ai demandé de faire attention à moi pendant que je prenais les photos dans les squats. Tout ce qu'ils voulaient c'était un peu d'attention. Je n'ai jamais été aussi en sécurité qu'avec eux pendant ces quelques heures.
Un jour que j'étais près des Tours et Taxis, dans la plaine aujourd'hui bâtie, j'ai vu s'avancer 3 "barons", doudoune et air patibulaire. Mon appareil bien en vue, je me suis avancée vers eux et leur ai demandé de faire attention à moi pendant que je prenais les photos dans les squats. Tout ce qu'ils voulaient c'était un peu d'attention. Je n'ai jamais été aussi en sécurité qu'avec eux pendant ces quelques heures.
N'existe plus.
Cet espace était assez vaste pour accueillir plusieurs stades de football, d'où l'on chasse ces laissés pour compte, afin qu'il ne troublent pas les nantis qui fréquentent des lieux avoisinants : des promoteurs y ont construit une tour à appartements de luxe, dans ce quartier Nord qui, presque depuis toujours, fut un quartier plutôt précaire et mes "barons" y déambulaient en roulant des épaules, musique aux oreilles.
On déplorera alors les déprédations avec de grands cris d'effroi hypocrite.
Provocation !
Des drames s'y sont joués.
Je vois des plaines où se trouvaient des pistes de skateboard : elles ont été enlevées, pour les mêmes mauvaises raisons.
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| Clin d'oeil, mon petit-fil Sébastien 11 ans alors. |
Il y a des maisons à l'abandon, que l'on clôture à grand renfort de grillages coûteux, plutôt que de les rendre habitables, non, on ne "fait" pas, on démolit, on casse, on interdit et l'on crée bien peu de lieux de rencontre.
La plupart des jeunes éjectés, ne demandent pas mieux que de " faire partie", d'avoir un lieu d'appartenance, ce qu'ils trouvent au sein des bandes, à défaut d'ailleurs!
Doel
Les balades entre les graffitis, entre tags-colère et cité meurtrie, m'attendrissent : j'essaye de lire entre leurs lignes, entre leurs couleurs et leurs silences, car ils sont taiseux, taiseuses, mes graffeurs et graffeuses tout entie-è-r-e-s plongé-e-s dans leurs délires !
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| J'ai parcouru des centaines de kilomètres à pieds à la recherche des graffitis, et suis passée par des lieux étranges et magnifiques, dans la solitude des petits matins à Doel, à Lisbonne, à Anderlecht, à Marchienne-au-Pont, à Charleroi, dans des squats de Liège et des usines désaffectées et bien d'autres endroits encore. |
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| 2014 |
Je trouve des perles, des yeux plein de larmes, des femmes muselées ou libres, des ailes déployées et des ailes rognées, des mots cachés d'espoir et d'amour, des cris de rage et nos libertés sans cesse rognées : il faut s'y aventurer les yeux ouverts, le cœur aussi, découvrir et comprendre, traduire : c'est sans fin.
La plupart des graffitis ici présents ont disparu, taggués, effacés, recouverts.
Puis ailleurs, parfois bien loin, je les retrouve à des centaines de km, avec d'autres graffitis, d'autres rêves, d'autres révoltes.
Texte et photos: Mona Mc Dee
La plupart des graffitis ici présents ont disparu, taggués, effacés, recouverts.
Puis ailleurs, parfois bien loin, je les retrouve à des centaines de km, avec d'autres graffitis, d'autres rêves, d'autres révoltes.
Texte et photos: Mona Mc Dee
Toutes les photos ont été prises sur 5 années par Mona Mac Dee.




































































