Ancien texte perdu en 2015. remis à jour.
Partie ce matin à la découverte d’une région industrielle dévastée de mon petit pays, j’errais entre puits de mines oubliés et cokeries, tours de refroidissement et friches, sans poésie apparente.
Verreries effondrées, toits de tôle devenus jardins suspendus, cheminées stériles désespérément lancées vers le ciel.
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| Puits de mine abandonné . Rentrée trempée car prise dans un énorme orage d'été. |
Puis tandis que je laissais, comme toujours, mes semelles s’user au contact de l’asphalte et sentais mon cœur devenir plus uni à ce que je voyais, j’ai senti tout à coup, l’odeur métallique que dégagent les cheveux de ces hommes des charbonnages et des aciéries
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| Une maison du côté de Tubize 05h30 du matin . La maison a été détruite. Je l'avais exposée au centre culturel de Tubize. |
Je voyais leurs mains rudes, noircies du charbon incrusté sous leurs ongles, et qu’ils ne pouvaient nettoyer qu’au pétrole, puis au savon noir, sans jamais plus pouvoir les avoir propres, la peau devenue indigo comme celle les hommes du désert.
Je les voyais en bleu de travail, casques sur la tête et cantine à l’épaule, une cigarette consumée à la commissure des lèvres, le pas las, les yeux rougis que la suie bordait de khôl.
Je me suis souvenue qu’écolières, nous étions venues visiter cette région, alors que débutait la fermeture des charbonnages, qui représentaient toute la vie de ces hommes, et qu'aucun n'imaginait autre.
Beaucoup se souvenaient avec effroi et chagrin de la catastrophe qui fit 262 morts en 1956 à Marcinelle.
C’est seulement, à ce moment, que j’ai saisi toute la poésie de ces images qui ne sont pas qu’industries oubliées et en décrépitude, parce que j’entendais tout à coup les sirènes qui prévenaient qu’une nacelle allait descendre,
parce que je devinais les hommes serrés les uns contre les autres, derrière la grille de l'ascenseur irrémédiablement close, avec au fond des yeux l'angoisse permanente d'un coup de grisou,
j'imaginais les femmes le souffle court, respiration retenue, et leur soulagement à la remontée,
j’entendais les rouages se mettre en route, les câbles grincer et vibrer, et les chariots, remplis de charbon, cahoter sur les rails.
Au travers de la tôle d’un baraquement où aujourd'hui encore gisent lampes, chaussures et bidons éventrés, j'ai entendu toute une vie dont le cœur a cessé de battre.
ma "fée" à Marchienne au Pont, aujourd'hui disparue.
Depuis cette balade en 2015, la ville de Charleroi est devenue plus jolie : les rives de la Sambre joliment décorées. L'énorme éventration pour construire le centre commercial Rive Gauche, enfin comblé. Les ruelles retrouvent un peu de vie, et le battement des entrailles des usines encore en fonction le long du canal, se font toujours entendre doucement.
La splendide petite galerie du Centre a retrouvé ses promeneurs et libraires
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| Les graffitis de Marchienne au Pont. Disparus en 2021. |
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| Le long de la nationale non loin des usines désaffectées. |
Quelque part au-dessus ou le long de la Sambre ( Montignies sur Sambre? Je ne sais plus!) Depuis les balades se font plus rares, après une opération du genou en 2023 . Obéir au corps parfois il faut, comme aurait dit Mâitre Yoda !
Texte original et photos Mona Mac Dee 2015











